Le site de Paka Djuma, situé dans la commune de Limete à Kinshasa, vit ses heures les plus sombres. Sur ordre de l’autorité urbaine, les bulldozers ont entamé la démolition de ce quartier informel érigé sur une concession appartenant à l’ONATRA (SCTP).
Cette opération, justifiée par des raisons de sécurité et d’assainissement, soulève un débat de fond sur la gestion de l’espace urbain à Kinshasa.
1. L’Urgence Sécuritaire contre Le Droit au Logement
2. Une Structure Urbaine Défaillante
3. L’Après-Démolition : Le Risque du Vide

Paka Djuma est le symptôme d’une ville qui a grandi sans plan. L’absence d’une politique de logement social accessible a poussé les populations les plus précaires vers les emprises publiques et les sites industriels. Cette démolition rappelle que la structure de Kinshasa souffre d’un manque de zones de transition : quand on détruit un bidonville, si rien n’est construit ailleurs, un autre naîtra quelques kilomètres plus loin.
L’urgence ne s’arrête pas au passage des machines. L’après démolition est la phase la plus critique. Si le site n’est pas immédiatement sécurisé, clôturé ou réexploité par l’ONATRA pour ses activités logistiques, il risque d’être à nouveau envahi ou de devenir un terrain vague dangereux. La réinsertion des déguerpis reste le défi majeur pour éviter une explosion de la criminalité urbaine.
D’un côté, le Gouverneur invoque l’urgence : Paka Djuma était devenu un « trou noir » sécuritaire, un foyer d’insalubrité chronique et de promiscuité extrême, incompatible avec la vision d’une capitale moderne. De l’autre, se pose la question du droit constitutionnel au logement. Bien que l’occupation soit illégale (terrain d’autrui), l’expulsion sans solution de relogement immédiate plonge des milliers de familles dans l’errance, créant un nouveau problème humanitaire en plein cœur de la ville.

4. Responsabilités Partagées
La responsabilité de ce fiasco est collective :
- L’État et l’ONATRA : Pour avoir laissé une occupation illégale s’installer et se consolider durant des décennies sans agir tôt.
- Les Occupants : Pour avoir bâti sur un site industriel à haut risque.
- Les Autorités Urbaines passées : Pour avoir parfois toléré ces installations par clientélisme ou manque de suivi foncier.
Notre Conseil : Vers une démolition « humaine »
Pour que cette opération ne soit pas qu’un coup de force éphémère, nous préconisons :
Le Recensement Social : Identifier les familles les plus vulnérables pour un accompagnement humanitaire d’urgence.
La Sécurisation Foncière : L’ONATRA doit reprendre possession physique et juridique de sa concession par des projets concrets pour empêcher toute réoccupation.
L’Urbanisme de Prévention : Le gouvernement provincial doit anticiper en créant des zones de lotissement social en périphérie, car la force publique ne peut être l’unique outil de gestion urbaine.
Par Mimi Zena